samedi 4 juillet 2009
See you soon.
lundi 22 juin 2009
Et merde !
Voilà plus de trois mois que je traine une cochonnerie. Je n'en ai que peu parlé ici jusqu'à maintenant car "ça ne se fait pas". Puis justement, cette bienséance m'est revenue à plusieurs reprises en tête. Pourquoi ne dit on pas ces choses là, sur quelles abstractions repose ce tabou ? Ne trouvant aucune réponse concrète à mes questionnements, j'ai décidé de traiter ici le sujet, aussi difficile soit-il : âmes pudibondes s'abstenir !
Alors voilà où j'en suis : depuis des semaines, mon ventre me fait des misères, on peut même considérer ça comme de mauvaises blagues. C'est souvent au moment où je m'y attends le moins que le processus se met en marche, c'est toujours la même chose : d'abord une grande sensation de fatigue et des fourmillements qui semblent me parcourir. Puis on passe aux choses sérieuses : une main invisible et vicieuse semble alors me saisir les tripes pour les tordre à sa guise. L'effet est instantané, les crampes sont dans les minutes suivies de diarrhées violentes. Nous voilà dans le vif du sujet : top glamour !
Bien entendu, c'est très douloureux : les crampes sont une torture qui peut durer plusieurs heures. Elles n'étaient au début que très courtes et ponctuelles, elles viennent aujourd'hui clore presque tous mes repas. Mais si ça n'était que ça, tout serait très simple. Il se trouve que ce genre de surprise compromet un tant soit peu ma vie sociale, aussi pauvre soit elle déjà au départ. Car bien entendu, il est délicat de s'absenter en plein cours/repas/dialogue/séjour, sans paraître incompétente/mal polie/grossière. Je repense au premier incident. J'étais pour la première fois chez mon ami K., un collègue avec lequel j'ai vraiment sympathisé. Il me présentait alors sa femme, qui porte l'enfant qui doit voir le jour en août. Ils étaient en train de m'expliquer avec émotion dans quelles conditions ils s'étaient rencontrés quand j'ai tapé un sprint vers leurs toilettes. Heureusement, j'avais en face de mois deux personnes très compréhensives qui se sont contentées de s'inquiéter de mon état. Entre temps, j'ai reproduit la course (départ arrêté et nouveau record à chaque fois) au restaurant, dans un musée, dans un bar, en cours, en voyage en Italie, etc.
Je me pose depuis de nombreuses questions quant à la perception sociale de la chose. Vous allez sans doute trouver mon questionnement tordu et futile, mais je me lance. Comment se fait il que la nourriture soit à ce point et depuis toujours le centre de toutes les convivialités alors que son expulsion est au contraire, auréolée d'un tel tabou ? On imagine avec plaisir se retrouver autour de plâtrées de bouffe pour célébrer tout et n'importe quoi (d'ailleurs si la bouffe était absente de ces célébrations, ce serait un scandale) alors qu'il serait déplacé, ne serait-ce que d'évoquer le bon fonctionnement de nos intestins.
Pourtant, son vocabulaire est omniprésent dans notre langue et semble occuper toutes nos pensées. Mon titre n'en est qu'un exemple. Je ne vous épargnerai pas les "tu me fais chier", "tu m'emmerdes" et autre "crotte". Être dans "la merde" ou dans "le caca" est tout aussi fréquent. On retrouve également les dérivés du type "chier dans la colle", "chier dans les bottes", "chier des rondelles de chapeau"... Il s'agit même de dire "merde" à quelqu'un pour lui souhaiter bonne chance. Pourtant, malgré cette omniprésence dans le verbe, vous resterez un malotru si vous osez aborder le sujet autrement que par des expressions imagées. J'ai d'ailleurs découvert il y a peu que la question "ça va" repose étymologiquement sur des questions de digestion. Pourtant, une fois de plus, il ne viendrait à personne l'idée de poser clairement la question.
Je me demande alors comment gérer cette nouveauté. Les semaines passant, je m'y habitue, dans la mesure où on peut prendre des habitudes dans ce domaine. Je refuse certaines sorties, j'annule certains cours lorsque les signes avant coureurs me permettent de le faire. J'évite d'en parler à mes proches que ça inquiète. J'ai vu deux médecins, j'ai fait des analyses de sang., une coproculture et la semaine prochaine, je me présenterai avec une joie non dissimulée à ma première coloscopie : youpi ! Plusieurs hypothèses se profilaient, intolérance alimentaire, virus, parasite... mais les résultats sont venus "rassurer" tout le monde, tout est en ordre. Si ce n'est que mon ventre n'a pas été informé de ce fait.
Je repense avec le sourire à ces rares épisodes de la littérature ou du cinéma qui viennent traiter le sujet. Marcel Pagnol décrit avec la tendresse d'un adulte qui regarde son enfance la belle Isabelle Cassignol, qu'il considérait alors comme une référence de grâce et de féminité, jusqu'au jour où celle-ci, prise de violentes coliques, perd tout intérêt à ses yeux. Ou encore le personnage de Patrick Cauvin dans Nous allions vers les beaux jours, qui décrit les crampes de la dysenterie comme une horde de chevaux lancés au galop.
Voilà. J'en chie. On ne me trouve rien. L'été approche et je me vide. Certains diront que j'ai besoin de digérer une situation difficile. D'autres préféreront la facilité et mettront ça sur le dos du stress (il a bon dos). Et je n'ai pas de réponse à mes questions.
***
Grand écart.
En cette fin d'année rendue difficile par des paramètres imprévus et indépendants de ma volonté, je suis fatiguée. Ma tête et mon corps sont fatigués.Parfois, il y a comme des déconnexions dans mon quotidien. Réactions machinales et ridicules.
L'autre jour, par exemple, je trainais sur des sites de vente par correspondance : les soldes approchent et je cherche à repérer des vêtements sympas pour cet été. Alors que les pages virtuelles se tournent sous mes yeux, je me rends compte que ce dont j'ai vraiment besoin pour pouvoir porter ces vêtements est une belle paire de jambes. Sur chaque photo, ce qui me plait n'est pas le vêtement mais les longues jambes galbées et halées. Je réfléchis deux secondes : quel site me proposerait une belle paire de jambes et à quel prix ? * Déconnexion.
Trajet en voiture, il y a peu. La chanson diffusée à la radio me plaît et naturellement, je tourne le petit bouton de mon poste et je savoure le son. Et je me dis, très spontanément qu'il faudrait penser à installer le même petit bouton sur la vie, sur chacun de nous, comme ça, quand il y a des moments qu'on aime bien, on peut les intensifier, monter le volume et permettre aux autres autour d'en profiter. A l'inverse, les moments de douleur pourraient être tus. Déconnexion.
Et tout à l'heure devant la télé, cerveau en veille, je veux changer de chaine et je prends ma calculatrice à ma droite qui a servi à faire ma déclaration d'impôts. Il m'a fallu quelques secondes, la regarder, pour me rendre compte que je ne pourrai pas changer de chaine, même avec beaucoup de bonne volonté. Déconnexion.
Je passe beaucoup de temps à ne plus penser, volontairement, je vide ma tête de toute la gymnastique mentale de l'année. Et alors me viennent des mécanismes spontanés de pensée originaux, voire absurdes. Aussi ridicule que cela puisse paraître, ça me fait "avancer le crâne". Je réfléchis indirectement à ces gestes du quotidien, vides de sens et chargés de symboles si on les observe de plus près. Et j'ai l'impression de me libérer. Un peu. Et je trouve dans ces gestes de banalité des réponses que je n'attendais pas.
[* Projet piscine, le stade nautique va me permettre de nager en plein air, cette fois-ci, il va falloir s'y tenir. Je marche déjà, je traine mon Lu sur des chemins de campagne que nous foulons d'un pas rapide, malgré quelques arrêts pour grappiller des cerises.]
mercredi 17 juin 2009
Second plan.
Effacée.
Je suis la femme sur la tableau de Doisneau.
Celle qui passe derrière le couple d'amoureux.
Celle aux traits tirés.
Soucieuse.
Vie en transparence.
Silencieuse.

***
mardi 26 mai 2009
About.
"Les gens qui sont dans nos rêves la nuit,
on devrait toujours les appeler le matin au réveil,
la vie serait beaucoup plus simple"
Juliette Binoche, Les Amants du Pont Neuf, Leos Carax, 1991.
samedi 23 mai 2009
J'ai dû me gourer dans l'heure, j'ai dû me planter dans la saison.
Un samedi soir. Entre chien et loup, lu et moi sortons errer dans la quartier. Partout, des éclats de voix, des éclaboussures de rire s'échappent des fenêtres ouvertes. Ce sont les plus beaux jours de l'année, ceux de l'amitié, des amours naissantes, des alchimies de rencontres nouvelles. J'imagine ce qui se passe derrière les haies d'arbustes ou au dernier étage de cette grande maison : des groupes d'amis partagent les choses évidentes de la vie, un bon repas, des moments simples. Lu ne semble pas perturbé. Il renifle ce que la journée a laissé derrière elle d'odeurs nouvelles. Je traîne mes sandales sur le bitume chaud, j'emplis mes poumons de l'air lourd du parfum des fleurs, je n'ai pas envie de rentrer... Dans l'ascenseur, je trouve mon reflet dans le miroir agréable, malgré mes yeux fatigués.
Voilà une semaine que je vis seule. Je pensais d'abord que c'était une bonne période pour aborder sereinement cette solitude toute neuve. Et ce soir, en rentrant chez moi après cette douce balade, j'ai trouvé mon appartement plongé dans le noir. Il est difficile de se retrouver entre ces murs qui sont aujourd'hui les miens et qui ont été il y a peu les nôtres. Neb vide au fur et à mesure des placards. Il passe ici comme un fantôme, remplis des cartons, me salue à peine. J'essaye tant bien que mal de me réapproprier ces lieux qui se vident de sens jour après jour. J'ai planté cet après-midi des tomates et quelques herbes aromatiques sur le balcon, J'ai trié des affaires, je m'apprête à faire un peu de peinture. Mais tout ceci ne comble pas le vide laissé.
J'ai accepté par erreur ton invitation
J'ai dû me gourer dans l'heure
J'ai dû me planter dans la saison
Si j'ai confondu
avec celle qui sourit pas
mais celle qui est belle bien entendu
et qui dit beau
dit pour moi
tu sais j'ai pas toute ma raison
si j'ai toujours raison
tu sais j'suis pas une fille sympa
et j'merde tout ça tout ça
tu sais j'ai pas confiance
j'ai pas confiance en moi tu sais
j'ai pas d'espérance et je merde tout ça tout ça
si tu veux on parle de toi
, si tu veux on parle de moi
parlons de ta future vengeance que tu
auras toi sur moi
disons entrecoupé d'silence
qu'on est bien seul pour une fois
qu'on est bien parti pour une danse
ça ira pas plus loin tu vois
J'ai accepté par erreur ton invitation
j'ai dû m'gourer dans l'heure
j'ai dû me planter dans la saison
Reste à savoir si on trace
un trait un point dans notre espace
Si j'ai pas toute ma raison si j'ai toujours raison.
vendredi 22 mai 2009
Un autre été.
Une carte mémoire perdue l'été dernier a fait sa réapparition,
à l'occasion du déménagement de Neb
qui a brassé des sacs, des meubles, des contenus de placards...
Je ne pensais pas revoir un jour les images
de cette belle randonnée faite au-dessus de Barcelonnette...
Et aujourd'hui, alors que je n'ai pas pris un cliché depuis des semaines
et que l'idée d'un départ en vacances cet été semble pure abstraction,
il est tendre de voir comment lumière et couleur savent parler de bons moments; 
Bien plus par ici sur "petit nid"
***
jeudi 21 mai 2009
You're beautiful.
Discutions de haut vol hier soir avec mon père, à propos notamment d'une femme de notre entourage. Il me parle de sa beauté (en des termes d'ailleurs bien peu flatteurs, puisque typiques de la gente masculine). Je dis à son sujet que je ne la trouve pas belle car stupide. Et je développe à ce sujet : la façon dont elle n'éduque pas ses enfants, la façon dont la traite son mari, ses souplesses et ses trop nombreux compromis qui font d'elle une femme soumise et insignifiante à mes yeux, sans aucun charme lorsqu'on apprend à la connaître, malgré un physique pourtant agréable.
Très souvent il m'est arrivé de constater la beauté d'une personne jusqu'à ce que celle-ci ne commence à parler. Et ma mère d'ajouter : "la vitesse de la lumière étant plus rapide que la vitesse du son,
il est normal que certaines personnes paraissent brillantes avant d'avoir ouvert leurs bouches".
lundi 18 mai 2009
Paroles, paroles, paroles.
" Un de perdu, dix de retrouvés "
" Fais toi plaisir, drague, sors, fais la fête ! "
" Tu verras, ça va passer, c'est qu'une question de temps "
" Il ne te méritait pas "
" Oublie ! "
" Bienvenue au club des célibataires "
" T'es forte, tu vas t'en sortir "
" Ah, les mecs, tous les mêmes "
" Moi j'aurais pas eu ta patience "
" Il avait besoin d'un bon coup de pied au cul "
***
***
En rose et gris.
Arrive le temps du concret. Voilà deux mois que la décision est prise et Neb est parti ce week-end J'ai envie de dire "enfin" mais je n'y arrive pas. Depuis début mars, nous vivons sous le même toit, j'observe la facilité avec laquelle il rebondit, il reconstruit sa vie et son réseau d'amis. De mon côté, bien que la décision m'appartienne, je coule assez régulièrement, je bois la tasse pour finalement venir récupérer un peu d'air à la surface. J'essaie désespérément d'y voir clair :
Voir la vie en rose, c'est positiver cette décision. Bien sur, j'ai fait le bon choix, ça ne pouvait pas continuer comme ça, nous n'étions plus un couple et je nous ai rendu service à tous les deux en prenant une décision qu'il n'aurait jamais prise. Aujourd'hui, je me sens libre d'avancer et de construire quelque chose de solide, seule. J'exerce un métier qui me plait, au travers duquel je m'épanouis car je me sens utile. Le rapport que j'entretiens avec mes collègues, mes étudiants et mes patrons est excellent. Des liens se sont tissés cette année avec certains, je ne crois pas avoir déjà passé une année aussi riche professionnellement. Je me sens également bien dans mon corps, j'ai perdu quelques kilos et ce n'est qu'un début (j'aime l'idée en ce début d'été de "me débarrasser d'un poids"). Je vais me remettre au sport et dépasser mes limites : me fixer des objectifs. J'ai un appartement que je garde (malgré les complications que ça va représenter), je m'y sens bien et le départ concret de Neb et de ses meubles va me permettre de m'y réinstaller, de modifier certaines choses pour marquer cette rupture. Ma famille est un soutien de tous les jours, ils sont là et ne me jugent pas, ils m'appuient dans chacune de mes décisions, ils m'écoutent malgré les sautes d'humeur qui me caractérisent en ce moment J'ai mon Lu, cette petite vie qui va rester près de moi, qui m'apporte tant, que je me dois de protéger. Je veux préserver cette solitude naissante et fragile, cette autonomie précieuse, j'ai envie de structurer ma vie autour de ce/ceux que j'ai déjà. Je veux réapprendre à savourer cette indépendance que j'ai tant aimée.
Puis certains jours, malgré tous ces éléments positifs, le gris prend le dessus. Alors que l'on connaît les plus belles journées de l'année, un voile sombre vient ternir mon quotidien.
Voir la vie en gris, c'est voir cette décision comme la fin de quelque chose, et rien d'autre, c'est ne pas réussir à voir devant. Ne voir que l'instant présent, un arrêt sur image, étouffant, pétrifiant. Je fais le point sur tout ce que j'ai voulu construire, sur ces projets que je pensais communs et qui n'appartenaient qu'à moi, aujourd'hui avortés. Je me sens cruellement seule, et je vois le passé comme une grande parenthèse glauque, une trahison, alors que je pensais être comprise et partager. Je ne sais pas comment je vais réagir à la solitude qui suivra puisque je ne l'ai pas connue depuis longtemps. Neb me renvoie en permanence la richesse de son carnet d'adresses au visage. Il sort, en revient souvent ivre et agressif. Je me fais du soucis pour lui. Je ne sais pas comment il va reconstruire sa vie et s'il ne va pas basculer. Tout le monde me dit que ça ne me regarde plus, si seulement c'était si simple. De mon côté, je n'ai que peu d'amis, je n'ai pas envie d'en trouver d'autres, les gens me déçoivent, je me sens blessée et je suis envahie par une volonté de m'isoler. Je vois les vacances arriver comme une épreuve. J'imagine de longs passages à vide. Je ne me pense plus capable de faire confiance, peut-être même plus à moi-même. Un pan de moi-même, de ma force, s'est écroulé, lourdement, peut-être définitivement.
J'essaye de trouver une constance dans cette période de doute. J'ai besoin de me retrouver. Les questions se bousculent. et restent sans réponse. Suis-je capable de vivre seule ? Peut-on reconstruire sa vie à trente ans ? Ai-je envie de la reconstruire? Puis-je encore aimer ?
***














